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Irakere - Misa Negra (1986) FLAC 16bits 44.1kHz torrent


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Download Irakere - Misa Negra (1986) FLAC 16bits 44.1kHz torrent




Torrent Description

Misa Negra

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Artiste : Irakere
Durée : 40min 41s
Label : ?Messidor
Date de sortie : 1986
Plus d'information sur deezer : http://www.deezer.com/album/1006142

4 pistes :

- Concierto Para Metales (8min 47s)
- Misa Negra: Rezo, Acercamiento, Llegada Y Desarollo, Despedida (17min 5s)
- Samba Para Enrique (6min 8s)
- El Duke (8min 54s)

La plupart des amateurs de jazz nord-américains ne connaissaient rien à la communauté jazz de Cuba jusqu'en 1977, lorsque le premier navire touristique américain depuis 1961 s'est dirigé vers La Havane.
Le port de départ avait une importance historique : La Nouvelle-Orléans, berceau du jazz, où Jelly Roll Morton a assimilé
le tango habanero qu'il qualifie de "spanish tinge" (qui signifie littéralement "teinte espagnole" mais qui doit être compris comme "teinte cubaine").
Les camarades de La Havane voulaient les Yankees de New York, ils auront à la place la meilleure exportation nord-américaine. Le bateau touristique transportait en effet des pointures de jazz, tels que Dizzy Gillespie, Stan Getz, Earl "Fatha" Hines et David Amram, ainsi que divers critiques et producteurs.
Après tout, le jazz fait office d'ambassadeur (ce que Getz a appelé "le jazz comme routine diplomatique") depuis que le Département d'État envoya Gillespie en Europe à la fin des années 40.

Après une visite à un groupe cubain appelé Irakere à l’hôtel Havana Libre (connu à l'époque pré-Castro comme le Havana Hilton), le critique américain Arnold Jay Smith s’enthousiasme sur ce groupe "plus excitant musicalement que tous les groupes dont ils ont tiré leurs idées".

Ce voyage en mer de 1977 a démontré ainsi à de nombreux jazzmen américains que la musique cubaine était restée aussi énergique et pétillante que dans les années pré-Castro.
À son retour aux États-Unis, Gillespie considéraient même certains musiciens cubains comme une source d’inspiration pouvant surpasser même les beboppers nord-américains les plus accomplis.

La curiosité et l'excitation suscitées par cette croisière de jazz n'étaient qu'un avant-goût de ce qui allait arriver lors de la visite d'Irakere aux États-Unis à l'été 1978.
Le groupe mit le feu au festival de jazz de Newport comme ajout de dernière minute, après que CBS et EGREM
eurent conclu l'une des négociations de contrat les plus complexes de l'histoire de l'industrie du disque.
Néanmoins, les promoteurs prirent une décision qui s'avéra être une grave erreur : Irakere fit sa tournée aux États-Unis accompagné par Stephen Stills car certains dirigeants avides de CBS estimèrent que la présentation des Cubains comme groupe de rock ajouterait à leur attrait commercial, en particulier auprès des jeunes boppers.

C'était la première fois en près de 20 ans qu'une maison de disques nord-américaine signait un groupe cubain, et CBS célébra l'occasion en investissant 250 000 dollars dans un festival de trois jours : le "Havana Jam", un rassemblement de musiciens américains de premier plan (Weather Report, Dexter Gordon, Stan Getz, Hubert Laws, Bobby Hutcherson, Tony Williams, Willie Bobo, etc) et de leurs homologues cubains.
Cet échange d'idéologie musicale de 1979 eut lieu au Teatro Carlos Marx (connu dans les années Batista sous le nom de Teatro Chaplin), un théâtre de 5000 places qui ressemblait ironiquement à un grand magasin nord-américain, avec le nom de Marx en lettres de néon de 3 mètres de haut sur la façade du bâtiment.
Tony Schwartz, de Newsweek fut impressionné par la prestation d'Irakere au Havana Jam, "sans doute le plus inventif des groupes cubains".

Alors qu'il assistait par hasard au Havana Jam, Jerry Massucci, de Fania Records, réalisa que son empire de la salsa allait s'effondrer tôt ou tard.
Il raconta à un journaliste de Rolling Stone que les musiciens de Fania avaient essayé de copier les nouveaux sons qui sortaient de l'île, sans grand succès. Les jours des imitateurs de New York étaient comptés : lorsque les Fania All Stars ("Latinos de Manhattan", comme les appelait Dexter Gordon) jouèrent au Teatro Carlos Marx, les Cubains quittèrent massivement la salle.

Après avoir remporté les Latin Grammy Awards en 1979 et 1980 et enregistré deux albums pour CBS, la lune de miel yanqui d'Irakere se termina brusquement. Les relations américano-cubaines se dégradèrent à nouveau empêchant Irakere d’enregistrer aux États-Unis.
Le groupe continua alors avec deux albums enregistrés par des ingénieurs japonais à La Havane et à Tokyo, publiés aux États-Unis par Milestone en 1982 et 1983, sans la fanfare promotionnelle qui accompagnait les précédents albums de CBS.

Irakere est né sept ans avant le "Havana Jam", lorsque certains membres de l'Orquesta Cubana de Musica Moderna, le meilleur big band de l'île, décidèrent de former leur propre groupe.
Chucho Valdés et Paquito D'Rivera ont été, dès le début, les principaux leaders d'Irakere, bien que d'autres membres originaux du groupe soient également issus de l'Orquesta Cubana de Musica Moderna.
Ces solistes sensationnels comprirent que le big band n'était pas le meilleur moyen de rénover la musique populaire, ils formèrent alors une structure instrumentale plus flexible, prête à s’adapter au changement.

La musique d’Irakere s’exprime dans un style rafraîchissant, ancré profondément autant dans la musique cubaine que dans le bebop nord-américain.
Irakere démontra que les musiciens cubains ne sont ni déconnectés de ce qui se passe à l'étranger, ni faciles à cataloguer avec des étiquettes latinos à la Desi Arnaz.
On peut situer le son d'Irakere entre la musique acoustique et électronique, combinant un large éventail de grandes inspirations conceptuelles avec une technique incroyable et un féroce groove.
Malgré l'absence des catalyseurs les plus inspirés en improvisation (Paquito D'Rivera et Arturo Sandoval, sans doute les plus grands transfuges musicaux de notre époque), Irakere resta à la pointe du jazz cubain dans les années 80, tout en restant l’un des groupes les plus éclectiques du XXe siècle, capable de naviguer du son traditionnel à un bebop percutant, en passant par des riffs électroniques modernes, l'élégant danzón, d’authentiques chants Lucumi, Mozart et Beethoven, parfois sur un seul titre.

Aucun maillon faible dans ce groupe, la force et l’énergie d'Irakere réside dans chaque interprète.
Cependant, c'est bien l’assemblage des ces talents qui fonctionne à merveille, lorsqu’ils jouent les compositions volatiles et changeantes de Chucho.

Tout cela se vérifie sur l’album "Misa Negra".
La plupart des titres sont des compositions originales de Chucho qui reflètent sa réceptivité à ce qui se passe sur la scène internationale, ainsi que son intérêt pour la rénovation des traditions musicales cubaines.
La chanson titre, l'une des plus importantes compositions de Chucho Valdés, se caractérise par des changements constants de temps et d'atmosphère, typique de la musique d'origine Yorubá.
Avant Irakere, la musique populaire cubaine n'utilisait que les instruments de percussion de base de l'île (tumbadora, bongo, pailas, güiro, etc). Irakere y a incorporé des instruments de rites afro-cubains, comme le tambour batá et le chequeré.

Selon le musicologue cubain Leonardo Acosta, ce développement percussif "implique non seulement un nouveau son, mais aussi une façon totalement innovante de concevoir les relations entre les passages polyrythmiques complexes, le phrasé des improvisations et la dynamique réelle de chaque morceau".
Jorge Alfonso (El Niño) a largement contribué à l'incorporation de rythmes yoruba et carabalí, complexes et énergiques, dans un contexte musical qui ne comprenait autrefois que des éléments congolais et dahomeyens.
Au passage, "Misa Negra" est probablement le dernier enregistrement qui capture les percussions puissantes et innovantes
d'El Niño qui a eu une influence significative dans le développement d'un nouveau style de percussionnistes latins aux États-Unis (Giovanni "Manenguito" Hidalgo, Daniel Ponce, Luis Conte, etc).

Les quatre mouvements de la "Misa Negra" suivent les expressions musicales d'une cérémonie Lucumi, telle qu'elle est encore pratiquée à Cuba : prière, approximation, arrivée/développement et adieu.

D'autre part, la saveur brésilienne de la "Samba para Enrique" est évidemment dédiée au féroce Enrique Plá, une combinaison de Tony Williams et de Billy Cobham, inimitable dans son jeu de batterie.
L'autre composition originale, le "Concierto para metales" de Chucho, met en évidence l'atout le plus prodigieux d’Irakere :
la section des cuivres, dirigée par Carlos Averhoff, inspiré par Coltrane, se classe parmi les meilleures au monde.
On perçoit cette mystérieuse entente entre les sections des cuivres et des percussions qui leur permet de se répondre spontanément.

Le dernier titre,"El Duke" de Dave Brubeck, montre comment les immenses ressources de Duke Ellington en matière d’innovation thématique et orchestrale ont influencé l'idéologie musicale de Chucho Valdés, leader et principal compositeur/arrangeur/conceptualiste d'Irakere.
Il est de notoriété publique, d'ailleurs, qu'Ellington apporta une touche cubaine au jazz des années 1930 grâce à ses premières expériences avec le tromboniste portoricain Juan Tizol.

Pour conclure, cet album montre clairement pourquoi le romancier et musicologue cubain Alejo Carpentier affirma que la musique populaire cubaine est "la seule musique qui puisse être comparée au jazz au XXe siècle".
Cuba, la Mecque incontestée de la musique latino-américaine, est un véritable foyer d'activité musicale.
Et il est bon de savoir qu’il n’est plus nécessaire d’entreprendre une croisière de trois jours pour vérifier que le jazz cubain est bien vivant, malgré les circonstances géopolitiques.
On peut maintenant l’expérimenter grâce au catalogue Messidor, qui comprend des enregistrements de valeur des plus grands artistes de jazz de la Perle des Antilles.


                                                                                                                                                  Luis Tamargo
                                                                                                                                                    Californie, 1991



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Codec audio : FLAC à 881kbps
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Nom de la release : Irakere - Misa Negra (1986) FLAC 16bits 44.1kHz
Taille totale : 235 Mo


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