
Oliva Rainey Boisseau International Trio
Orbit
Stéphan Oliva (p), Sébastien Boisseau (cb), Tom Rainey (dm)
1 disque(s) - 11 piste(s)
Durée totale : 00:52:53
Artiste principal : Stephan Oliva
Compositeur : Various Composers
Label : Yolk
Genre : Jazz
2018 Yolk
Distinctions :
4F de Télérama (01/05/2019)
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Oliva Rainey Boisseau International Trio. Orbit, pour faire simple. En astronomie, une orbite est la trajectoire d'un astre. En anatomie, c’est la cavité du crâne dans laquelle se trouvent l'œil et ses appendices. Le pianiste Stéphan Oliva, le batteur Tom Rainey et le contrebassiste Sébastien Boisseau ont peut-être décidé de mettre les deux en musique, qui sait… Ce qui est certain, c’est que la trajectoire de leur jazz est d’une netteté impeccable. Nette mais jamais lisse. On sait le piano impressionniste d’Oliva, héritier à part de Bill Evans et de Lennie Tristano, capable de calme comme de tempête. Ce passionné de cinéma (il a revisité de nombreuses partitions du 7e Art) fait ici surtout corps avec sa rythmique aussi versatile que lui. L’équilibre est parfait entre les trois hommes – Oliva ne tire jamais la couverture à lui – et chacun sait doser le lyrisme comme l’élégance, les bifurcations inattendues comme les improvisations très personnelles. © Max Dembo/Qobuz----
Retour aux affaires, pourrait-on dire, pour Stéphan Oliva qui, après plusieurs disques entièrement consacrés au cinéma, renoue, en collaboration étroite avec le contrebassiste Sébastien Boisseau, avec un trio jazz élégant, nocturne et puissant dont le troisième partenaire est le batteur américain Tom Rainey. Dans le prolongement de Jade Visions (avec Bruno Chevillon et François Merville) puis des magistraux Fantasm et Intérieur Nuit (avec le même Chevillon et Paul Motian) dans les années 90 et début 2000, le pianiste retrouve son goût pour le jeu avec une puissance évocatoire toujours aussi ferme.
Les compositions, signées de sa main ou de celle de Boisseau (plus une de Marc Ducret), participent des mêmes atmosphères. Fondues dans un programme aux nombreuses facettes, elles se déploient autour d’ambiances entre chien et loup qui privilégient un lyrisme sobre. Accrochant immédiatement l’oreille par des mélodies agiles et toujours lisibles, elles se structurent autour d’une architecture discrète. Le sens de l’équilibre dans la répartition des voix évite une domination trop écrasante du piano. Bien au contraire, le dialogue incessant avec la basse joue la carte de la nuance et favorise la circulation du son. La tension entre la mélancolie qui les sous-tend et la nervosité du traitement étant une autre des qualités de cette musique.
En cela d’ailleurs, la présence de Tom Rainey n’est pas anecdotique. Par sa frappe puissante et sa capacité à fournir un swing détourné qui respecte la fluidité du propos et lui confère un réel tonus, il offre à ses partenaires une dynamique permanente qui les invite à renouveler constamment leurs propositions. En plaçant l’interaction au cœur de son dispositif, le trio fonctionne ainsi comme une entité soudée capable d’aller au-delà de lui-même sur un terrain qu’il défriche pourtant sous nos yeux.
tracklist
1. Split Screen (Stephan Oliva)
2. Wavin (Sébastien Boisseau)
3. Gene Tierney (Stephan Oliva)
4. Processione (Stephan Oliva)
5. Le Tourniquet (Sébastien Boisseau)
6. Cercles (Stephan Oliva)
7. Inflammable (Marc Ducret)
8. Polar Blanc (Stephan Oliva)
9. Around Ornette (Stephan Oliva)
10. Spirales (Stephan Oliva)
11. Lonyay Utça (Sébastien Boisseau)
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Stéphan Oliva (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Tom Rainey (batterie)
Pernes-les-Fontaines, 2018
Yolk RecordsJ2075 / l'autre distribution
Les quelques chroniques déjà parues font largement état de l'acronyme qui désigne le groupe et le disque tout à la fois : initiale des musiciens, O, R, B, et I.T. pour international trio. Bon, c'est fait. Le discours d'escorte qui accompagne le disque file la métaphore du circulaire et de l'ellipsoïdal, même si moins de la moitié des titres y fait référence. La musique, dira-t-on, peut en attester plus largement. Certes. Mais écoutons-la sans cette grille communicationnelle. La première plage, Split screen (référence aux écrans fragmentés, divisés, du multimédia ubiquitaire?) me fait penser à Lennie Tristano. Stéphan Oliva est un fan, et un grand connaisseur, de ce Maître du lyrisme tranchant, souvent abusivement taxé de froideur, quand il s'agit plutôt de poésie fracassée, déconstruite (et, comme la mer de Paul Valéry, «toujours recommencée»). J'entends cela ici, et beaucoup d'autres choses : l'escapade sérielle, la segmentation thématique, l'interaction subtile des voix (et la batterie n'est pas de reste). Parlons du batteur. Tom Rainey est un monument de précision pertinente, et pourtant son drumming respire la liberté, comme celui de Paul Motian, avec qui le pianiste avait enregistré («Fantasm», 1999, BMG ; «Intérieur nuit», night bird music, 2001) : technique supérieure chez Rainey, mais même sens poétique. Ne me demandez pas ce qu'est la poésie d'un batteur : je la sens, je la ressens, mais je renonce à tenter de la formaliser, et même de la formuler ; je crois bien que j'en suis incapable, peut-être devrais-je m'abstenir d'écrire.... Le dialogue, ou plutôt le trilogue, se joue tout au long du disque, plage après plage, selon cette indicible clarté. Suit une composition de Sébastien Boisseau : mouvements libres, convergence des pensées et des choix musicaux, magie et mystère, liberté, poésie encore.... Voici Gene Tierney, que le pianiste avait déjà évoquée dans son disque «After Noir (piano gone)» (sansbruits sbr013, 2011), poésie, mystère, encore (je m'enlise!) profonde musicalité, interaction fine (très fine!). Bref, quand je ne m'enlise pas, je m'égare.... Et cela se poursuit au fil des plages, compositions du pianiste et du batteur, plus le formidable Inflammable de Marc Ducret : c'est parfait, parfaitement captivant, alors si vous voulez me suivre dans mon égarement, plutôt que de vous infliger un commentaire de chaque titre (un petit mot quand même de Around Ornette, avec citations furtives -et jouissives parce que furtives- de Turnaround ), je vous propose de vous plonger dans le disque : pré-ci-pi-tez-vous pour l'acquérir ! Je vous conseille l'administration par voies auditives (ne le mangez pas!). Et puisque le groupe est en tournée (dates ci-dessous) ajoutez une bonne dose saisie sur le vif du concert.
Xavier Prévost
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ORBIT par JULIEN GROS-BURDET
Le trio piano, contrebasse et batterie est l’une des formes primordiales du jazz, traversant toute l’histoire, sorte d’étendard et de mètre-étalon de cette musique à l’aune duquel on apprécie l’évolution d’une forme centenaire. ORBIT est une nouvelle étape de cette histoire. ORBIT, un jeu de mot autour des initiales Oliva-Rainey-Boisseau International Trio, devient une thématique qui impulse la musique du groupe, illustrant parfaitement ce que peut être le trio aujourd’hui : un univers où les parcours individuels, les instruments, les personnalités sont en orbites les uns autour des autres. Trois sphères entre attraction et liberté, dont l’influence de chacune nourrit le jeu des deux autres. Cette thématique se retrouve tout naturellement dans les titres qui composent l’album - Cercles, Le tourniquet, Spirales, Wavin - mais la musique elle-même y puise son énergie, sa cinétique, ses interactions.
A l’origine du projet, Stéphan Oliva et Sébastien Boisseau sont des fins connaisseurs du trio : le pianiste a travaillé aux côtés de Claude Tchamitchian et Jean-Pierre Jullian, de Bruno Chevillon et François Merville puis avec le légendaire Paul Motian; quant au contrebassiste, il a débuté sa carrière avec Triade (avec Cédric Piromalli et Nicolas Larmignat), puis a joué dans différents trios aux côtés de Joachim Kühn et Daniel Humair et plus récemment avec l’allemand Hans Lüdemann. Leur volonté de replonger ensemble dans cette aventure triangulaire, nécessitait de trouver le batteur correspondant à leurs envies respectives. La décision d’inviter Tom Rainey, grand batteur américain lui aussi habitué de la formule, notamment au sein des groupes de Simon Nabatov, Fred Hersch ou Kenny Werner, s’est imposée naturellement.
Oliva et Boisseau ont peaufiné le répertoire d’ORBIT en pensant spécifiquement à Tom Rainey. Ils l’ont rodé ensemble au cours de quelques concerts, puis enregistré au studio La Buissonne avec le maître de la prise de son, Gérard de Haro. La musique s’organise autour des compositions du contrebassiste ou du pianiste, ainsi qu’une passionnante relecture d’ Inflammable de Marc Ducret, autre corps céleste flottant dans la même constellation, à la fois influence et partenaire des trois musiciens. Chaque thème est un prétexte au jeu et à l’improvisation, dont la force est l’appropriation. Entre plages enlevées aux circonvolutions passionnantes, et morceaux au lyrisme prenant, l’auditeur est convié à un voyage offrant des paysages variés mais toujours riches de mille détails. Le disque a été enregistré en conditions proches de celles vécues sur scène, d’un bloc, avec une volonté d’aller à l’essentiel. D'où cette fluidité des échanges qui met en mouvement la musique.
Cet album est le résultat d’une rencontre, celle de trois musiciens, de leurs histoires, trois univers qui entrent en interaction, s’influencent et se nourrissent simultanément. L’attraction mutuelle entre Oliva, Rainey et Boisseau donne naissance à une œuvre collective où la musique semble en perpétuel mouvement. Le foisonnement protéiforme de la batterie de Tom Rainey démultiplie les possibilités qu’exploitent avec gourmandise ses partenaires. On redécouvre ainsi un Oliva au jeu plus brut, sans renier toutefois la profondeur et la couleur de sa musique. Boisseau prend un plaisir évident à jouer aux côtés de Rainey, la profondeur de sa contrebasse et sa science du jeu venant se marier à cette singulière batterie. Voilà trois sphères qui gravitent chacune autour de l’autre, dans un espace encore plus vaste rejoignant celui de l’auditeur.
A nous maintenant de contempler cette constellation d’astres musicaux aux orbites entrelacées, elle offre un plaisir à la hauteur des espérances nées avec la formation de ce trio fantasmé.
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Les mots ont une force de pénétration inattendue, comme une vie musicale qui se poursuit bien au-delà de leur utilité première. Les musiciens réunis dans ce disque ont choisi de le baptiser Orbit en jouant sur leurs initiales : Stéphan Oliva (piano), Tom Rainey (batterie) et Sébastien Boisseau (contrebasse), cela formait ORB, il ne restait qu’à ajouter les premières lettres d’International Trio, le tour était joué. Mais une fois lâché, le mot ne cesse plus de courir à travers les sons. Courbe ou ellipse, gravitation ou cavité, l’orbite nous plonge dans l’espace, le mouvement perpétuel et le vide. Elle engendre et polarise ces tensions maintenues, escaliers sans commencement ni fin, stations et rotations sur soi, serpentins qui se déroulent pour s’enrouler tels des rubans de Möbius par où la musique d’Orbit advient.
On savait les très grandes qualités de Stéphan Oliva, appréciées notamment dans ses disques en solo consacrés aux bandes originales de Bernard Herrmann, de la Nouvelle Vague et des films noirs (on retrouve ici un Gene Tierney, plus loin un Polar blanc). Mais ce discours en trio, si complexe, scintillant de tels éclairs d’harmonie paradoxale nous révèle, en lui comme en Sébastien Boisseau, des compositeurs encore plus fascinants.
Louis-Julien Nicolaou
Yolk Records/L'Autre Distribution