ANN O'ARO
ANN O'ARO ~ 2018


Et tout ça en MP320 - FFFF

INFORMATIONS ~ ALBUM

Genre : Indie - World Music
Production : nc
Artiste : Ann O'Aro
Titre : Ann O'Aro
Date de sortie : 2018
Source/Label : CD / Cobalt Records
LE PITCH ~ ALBUM

Tout vient du corps chez cette chanteuse réunionnaise. Une œuvre en créole dont les mots, viscéraux, racontent ses blessures et claquent comme son phrasé.
"Le bruit courait depuis quelque temps déjà : dans les coulisses des festivals, on parlait d’une chanteuse ovni venue de La Réunion, protégée du producteur et tourneur
Philippe Conrath - manager de Danyèl Waro. Il y a un an, trois petits concerts en métropole ont gonflé la rumeur en confirmant la singularité de ses performances écorchées,
porteuses d’un maloya viscéral. Et le voilà enfin : Ann O’aro, disque qui n’a d’autre titre que le nom de son auteur, manifeste poétique et thérapeutique d’une artiste
de 28 ans dont les mots bousculent, brûlent comme lave en fusion, charriant sur plusieurs titres les souvenirs insupportables d’une enfance profanée.
« Mi wa marmay i rak son po dann katarak son zié flou », scande-t-elle en créole sur Kap Kap, titre quasi totémique. La voix est claire, forte, habitée. Les paroles,
terribles, sont adaptées en français (ainsi que tous les textes de l’album) dans le livret : « Je vois l’enfant que tu incestues dans le voile cataracte de tes yeux
flous/J’entends le chien, le loup, qui hurlent en toi.../Tu joues de ce saxophone à bout de râle/à bout de plainte, à bout de note/Au fond de moi, je bous, je griffe,
j’éructe/j’avale toute ma misère sur fond de culotte [...] ».
Victime d’inceste, Ann O’aro se regarde, violée, dans les yeux de son père. Elle se dédouble, s’imagine dans sa tête quand il lui « ravine les hanches », mais aussi
quand il se retrouve seul dans la chambre d’un bordel (sur Kamayang/Pendard), l’esprit égaré, sur le point d’abréger sa vie. Ailleurs, elle met en miroir la chanson
créole Lo Lor kapé et sa variation en français, Le Corps conquis : dans l’entrechoc des sonorités, l’artiste rejoue l’outrage et conjure ses démons. Surtout, elle
refuse de n’être qu’une victime, quitte à redonner à son agresseur une tragique humanité. Elle lui oppose la sienne, féroce, indomptée, et le regarde osciller, fragile,
sur le fil de la folie, cherchant (Antonin) « Artaud dans le sang des Hoareau »... Sa plume sauvage ne ressemble à rien de connu. Rien à voir, par exemple, avec le
maloya rebelle et vénéneux d’Alain Péters, figure tutélaire du genre. Ses mots à elle sont plus intimes, plus crus, plus brutaux. Longtemps, le blues des anciens
esclaves lui est resté étranger. Son père, gardien de prison mélomane, écoutait du jazz. Il lui a inculqué la musique (orgue, piano, flûte traversière) à coups de
ceinture. L’adolescente avait 15 ans quand il s’est suicidé, après avoir confessé son crime incestueux à ses proches. Face au déni familial, la bachelière a d’abord fui.
Tatoueuse au Canada, artiste de rue en France, elle est revenue dans son village réunionnais de Tan-Rouge en 2011, enceinte de sa fille.
C’est par la danse d’abord qu’elle s’est réapproprié son corps. Dans une première pièce chorégraphique, trois danseuses incarnaient les phases de soumission, de déni
et de combat face au père prédateur. Puis le maloya s’est imposé : instinctivement, Ann O’aro en a épousé les pulsations lancinantes, comme pour adoucir le choc de la
gestuelle et des mots à venir. Idem quand elle a pris la plume : le créole, langue que ses parents lui interdisaient de parler petite — comme beaucoup d’insulaires à
l’époque —, a jailli sur le papier et lui a permis de verbaliser l’indicible. Chez la chanteuse réunionnaise, la musique n’est pas dans les mélodies ni dans les
polyphonies, elle est dans l’élocution, le rythme, les meurtrissures des phrases et les images qui sonnent. « Jardin extatique, encriers des enfers/j’entrevois le
tombeau sur la tempe/un mirage d’os et noir/là, poulpe névrose, un siphon pris dans la terre », vocalise-t-elle (en créole) sur Zardin, tissant de ses syllabes étirées
une mélopée onirique.
Ann O’aro est une poète du corps, dont chaque fonnkèr (poème) exprime un sentiment profond. Au fil des douze titres, ce corps éructe et exulte, il coule, il bout ou
il se noie, tour à tour en ruine, en lutte ou immobile... Plus jeune, elle pratiquait les arts martiaux et courait sans cesse. Au point que ses amis lui avaient offert
des poids de cheville pour la ralentir. Un jour, elle est tombée de sa fenêtre et a dû réapprendre à marcher pendant plusieurs mois. Les mots, depuis, ont remplacé
les poids : avec le créole, elle s’arrime à la terre et replante ses racines. Accompagnées par les hochets kayamb, les tambours roulèr, et aussi parfois une trompette
ou des flûtes, ses lentes scansions vocales sont émouvantes, souvent bouleversantes.
Mais le réveil du corps doit aller de pair avec l’éveil des consciences réunionnaises. Pour briser l’omerta insulaire sur l’inceste en particulier et les violences
en général. Ann O’aro n’en est pas à un tabou près et se moque aussi de certaines dérives nationalistes, certains replis identitaires, tolérés sous couvert de défense
de la langue créole. Elle-même ne porte pas de drapeau. Elle est juste une « jeune femme effrontée », qui « larme sous la brèche du grand Maïdo/dans le souffle de la
gueule des tamarins là-haut/son seul message au vent ». On espère qu’il le portera loin." (TTTT Télérama)
"Après une enfance en enfer, Ann O'Aro sort un album bouleversant en forme de message universel." (les inRocks)

1 Kamayang 04:53
2 Lo shien 03:54
3 Kap kap 03:50
4 Le corps conquis 03:32
5 Lo lor kapé 04:47
6 Zwazo 04:02
7 Oktob 04:30
8 K'm out ka 03:28
9 Dann fon laba 02:41
10 Zantray 04:05
11 Zardin 04:25
12 Valval rouz 03:47
48mn de plaisir...
DETAILS ~ ALBUM

Format : MP3 / CBR / 320 kbps
Présence IdTag : oui: infos & cover
Nombre de fichiers : 14 dont nfo & cover
Total du post: 110 Mo


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