Le duo londonien Linea Aspera, formé par Alison Lewis au chant (alias Zoè Zanias) et Ryan Ambridge (claviers, programmations, mixage), n'aura existé que deux ans, de 2011 à 2013, le temps de deux albums. C'est le premier opus qui vous est proposé ici. Clairement orienté synthwave 80's, le tandem a ressorti du placard les claviers analogiques et la vieille Roland TR machin-chose pour dépeindre un paysage fait de blocs de béton entre lesquels la voix de Lewis semble prisonnière ; un peu comme si John Foxx avait mis en musique des paroles de Anne Clark, hormis que cette dernière était davantage une diseuse de textes — Alison Lewis, elle, a recours à la mélodie. Mais l'univers est similaire. Lewis chante la société déshumanisée. Lewis chante la peur. Non seulement la peur des autres, mais, la société des années 2010 étant plus dure encore que celle des années 1980, la peur de nous-mêmes. Voilà où nous en sommes. Nous avons peur de notre propre corps, des virus, des bactéries. Nos dirigeants ont inventé le terrorisme biologique pour mieux encore nous maintenir à l'état de zombies amorphes, vides, affamés, pendant qu'au-dessus de nos têtes l'argent se brasse par milliards — car ils ont aussi inventé l'économie virtuelle. Devenus combattants de l'infiniment petit, nous avons retourné les armes contre nous-mêmes, et, ravalant à la fois notre saine colère et nos frustrations, avons mal identifié le responsable en la personne de ce parasite. C'est ce que répète Lewis à travers le morceau Malarone : "He's a protozoan, he's just a filthy protozoan. I have no immunity. Ravenous and unrelenting, pathogenic and parasitic. This is unclean and it has to be treated. Parasite in the bloodstream : this is unclean. And he's feeding, he's been feeding on everything."
Bien sûr, certains m'objecteront que le pronom "He" laisserait supposer qu'elle parle d'un homme plutôt que l'interprétation que j'ai donnée. C'est le charme de la métaphore, chacun y entend ce qu'il veut. Mais que ce soit un homme-parasite ou un parasite humanisé, nous sommes bien dans la peur-rejet des événements qui se passent à l'intérieur du corps. Nous ne voulons plus souffrir, ni par amour ni pour autre chose. Alors nous haïssons ce parasite comme nous-mêmes, puisqu'il fait partie de nous, et c'est la désintégration. Bref, j'arrête là mes conneries. Voici justement le morceau Malarone. À vous de voir. Je vous laisse en compagnie de la bébête. Je vous laisse en compagnie du protozoaire. N'ayez pas peur.
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