
Sur Bernard Herrmann
Dès le Citizen Kane de
Orson Welles, le style très personnel de Herrmann s'impose. Un style
influencé par Debussy, Ravel, Ives, bâti autour de petits motifs mélodiques
très simples qui semblent ne jamais devoir se résoudre, et une orchestration
privilégiant le registre grave des vents au détriment du lyrisme des cordes.
Dissonances, changements de registre, renversements d'intervalles, Herrmann
traite le leitmotiv, non à la sauce hollywoodienne, mais comme un mal
nécessaire. Si le leitmotiv classique est fondé
sur la reconnaissance, celui de Herrmann semble partir d'une idée de
contamination, comme un élément perturbateur, un virus qui anéantit toute
envolée des cordes et des bois. D'où la tension, l'angoisse sourde qui hante sa
musique : elle vampirise littéralement l'image. On n'assiste plus à une
projection d'images et de sons mais à l'action visible et instantanée qu'ils
exercent les uns sur les autres, à leur transformation, la pellicule est comme ensorcelée.
De là, les plus grands cinéastes veulent s'offrir le son Herrmann : Mankiewicz,
Wise, Hathaway, King, Walsh, Hitchcock, Truffaut, et en bout de chaîne, De
Palma, Scorsese.
Le film Obsession de Brian De Palma est d'ailleurs une sorte de remake-hommage de Vertigo (Sueurs Froides) d'Alfred Hitchcock, film de 1958, pour lequel Herrmann composa la musique sans pouvoir la diriger en raison d'une grève des musiciens à laquelle il se joignit par solidarité. Sachant les regrets qu'avait le compositeur sur l'interprétation de Vertigo dirigée par Muir Matheson, De Palma consacre donc en 1975 une bonne partie du budget du film à l'enregistrement de la musique. Herrmann bénéficie d'un orchestre philharmonique impressionnant, comprenant un orgue d'église et une chorale. Le résultat est au rendez-vous. La qualité d'écriture dépasse de loin celle de Vertigo, selon les propos du compositeur lui-même. C'est l'avant-dernier film auquel il collabore. Taxi Driver sera son chant du cygne. Herrmann meurt en décembre 1975 en laissant derrière lui un style inimitable qui exulte dans Obsession comme une sorte de quintessence testamentaire. Ce long-métrage, à l'évidence, De Palma l'a réalisé pour lui. Ce film est son film.

Nombre de Pistes : Disc 1 - 38 tracks + 3 bonus
Disc 2 - 6 tracks
Codec : Flac
Channels : Joint Stereo
Taux d'échantillonnage : 44100 Hz
Bit depth : 16 bit