Front 242 -
Geography - 1982
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ARTISTE
Front 242 est un groupe belge de
musique électronique issu du courant new wave, fondé en 1981 à Aarschot par
Daniel Bressanutti (Daniel B) et Dirk Bergen. Le duo porte d'abord le nom de
Prothese, qu'ils changent ensuite pour Front 242 (prononcé Front Deux Quatre
Deux), qui leur semblait offrir plus de possibilités. Ils sont peu de temps
après rejoints par Jean-Luc De Meyer et Patrick Codenys, qui avaient eux-même
fondé un duo nommé Under Viewer. Geography, leur premier album, sort en 1982,
suivi de peu par le départ de Dirk Bergen, qui trouve un remplaçant avec
Richard Jonckheere (Richard 23). Ce line-up restera stable jusqu'à nos jours :
Daniel Bressanutti : production,
remixage, programmation, mixage live
Patrick Codenys : production,
remixage, programmation, claviers, samplers
Jean-Luc De Meyer : paroles,
chant
Richard Jonckheere : percussions,
chant
Historique
Dès ses débuts, le groupe produit
une musique électronique radicale et minimaliste, à la fois dansante et aux
rythmes martiaux, soutenue par des samples issus de la télévision, ainsi que
par une imagerie paramilitaire (qui leur a attiré de nombreux ennuis
particulièrement envers leurs pseudo-affiliation avec l'extrême-droite initiée
par un article du magazine New Look signé d'un certain Christophe Bourseiller
qui fit son mea-culpa quelques années plus tard sur le forum officiel du groupe
"Work242"[réf. nécessaire]). Cet ensemble sans concession les place
dans la mouvance industrielle initiée par des groupes anglais tels que
Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire ou des groupes de musique électronique
allemands (Kraftwerk...); toutefois, le caractère dansant de leur musique leur
attire rapidement la faveur du public. Dès 1983 et l'album No Comment, Front
242 forge son style et le popularise dans le nord de l'Europe : leur néologisme
electronic body music devient le terme fondateur d'un nouveau style de la
musique industrielle, l'electronic body music.
Leur succès commence à prendre
une envergure internationale à partir de 1984, lorsqu'ils signent avec le label
alternatif américain Wax Trax et qu'ils partent pour la première fois aux
États-Unis jouer 10 concerts en première partie de Ministry ; ils y
retourneront régulièrement par la suite pour y jouer des centaines de fois. En
1987, après avoir refusé de signer chez ZTT, le label en vogue du moment, c'est
l'album Official Version qui consacre leur statut de groupe culte et pionnier
en pleine ascension. Des rapprochements s'opèrent avec la scène techno en cours
d'apparition en Europe, et Front 242 se voit un temps rapproché du New Beat qui
explose à cette époque dans les clubs belges. C'est à ce moment que parait, sur
l'album Front by Front leur titre le plus célèbre, Headhunter, qui restera un an
en tête des charts alternatifs aux USA, et qui subira un nombre impressionnant
de remix. On les voit sur scène partout dans le monde, notamment en première
partie de la tournée européenne de Depeche Mode où ils font un tabac,
principalement en Allemagne, et ils passent en couverture du Melody Maker, le
magazine musical anglais qui souffle le chaud et le froid sur le rock mondial -
sans doute le signe le plus tangible de la reconnaissance internationale.
Les années 1990 constituent un
tournant radical dans le son du groupe, qui évolue vers une plus grande
complexité des rythmes, une plus grande richesse des textures sonores. Le
virage amorcé par Tyranny >For You< se concrétise radicalement dans des
albums qui déconcertent les fans du groupe, 06:21:03:11 Up Evil et 05:22:09:12
Off, sortis coup sur coup en 1993, sur lesquels, pour la première fois,
figurent des artistes extérieurs au groupe. Durant l'été de la même année, ils
participent en tant que seul groupe européen et électronique à la gigantesque
tournée itinérante américaine Lollapalooza (aux côtés notamment de Rage Against
The Machine, Alice in Chains et Primus), puis y retournent en tournée solo pour
y jouer un total de 60 dates durant cette seule année.
Epuisé par les tournées
incessantes, miné par des conflits internes et usé par les frictions constantes
avec leur label américain Epic, le groupe arrête ses activités en 1994 et ses
membres se consacrent à leurs nombreux projets parallèles, nettement moins
médiatisés, et aux fortunes diverses. En 1996 sort l'album Mutage Mixage, qui
regroupe des remix de Prodigy, The Orb et Underworld.
Le groupe se reforme en 1997 avec
pour seule intention de refaire quelques concerts avec des versions nouvelles
de leurs anciens morceaux. Le succès considérable de ceux-ci et les demandes
incessantes des organisateurs les amènent à pérenniser leur retour et à
poursuivre leurs concerts, à un rythme toutefois nettement moins soutenu que
précédemment, et généralement dans les festivals. En 2003, 10 ans après leur
dernier album studio, sort l'album Pulse, un retour aux sources de
l'électronique, et en 2004 le DVD 'Catch The Men' présente sur scène leur
"spectacle total" intégrant les animations vidéo d'Etienne Auger. Fin
2005, ils repartent pour leur première vraie tournée depuis 12 ans et jouent 20
concerts aux USA. Ils fêtent leur 25e anniversaire en mars 2006 par deux
concerts à l'AB à Bruxelles.
Par ses prises de position
souvent abruptes et radicales, par sa musique atypique et anti-consensuelle,
Front 242 n'a jamais fait l'unanimité, et certainement pas dans son propre
pays. Son influence est pourtant considérable. Au cours de leur carrière, outre
les concerts qu'ils ont donnés aux quatre coins du monde, ils ont été cités par
U2, Nine Inch Nails, Billy Corgan (Smashing Pumpkins), Prodigy et des centaines
d'autres groupes comme une source d'inspiration majeure. Avec des groupes tels
que Nitzer Ebb, les Young Gods, Front Line Assembly et Skinny Puppy, ils ont
été les pionniers d'une nouvelle scène, d'une nouvelle manière d'envisager la
musique et les prestations scéniques comme un tout organique englobant
dimensions physique et sonore. Leur discographie et prestations scéniques ont
toujours été à la pointe en matière de son, d'image et d'énergie. A ces titres,
Front 242 est incontestablement l'un des plus grands groupes issus de Belgique.
L’ALBUM
XSilence
Sans Front 242, le paysage
musical que nous connaissons ne serait sans doute pas le même. Sans les Belges,
pas de Ministry, pas de Nine Inch Nails, pas de The Young Gods, etc., c'est-à-dire
que l'on ferait une croix sur la crème de la scène electro-rock actuelle.
Pourtant, difficile de croire que
le groupe ait pu avoir une telle influence à l'écoute de Geography, album
minimaliste et dépouillé enregistré en 8 pistes par les co-fondateurs du
groupe, Jean-Luc de Meyer et Patrick Codenys (Richard 23 n'interviendra
qu'après ce premier album). Expression jusqu'au-boutiste de l'hégémonie de
l'ère industrielle, musique construite avec les moyens du bord (l'électronique
coûte cher à l'époque) et pensée syncrétique où l'art plastique et la musique
se rejoignent, Front 242 fait à la fois figure de terroriste sonore, de
compositeur révolutionnaire (à part D.A.F., il n'existe presque aucun
équivalent à cette époque) et de bricoleur génial.
Bien sûr, Geography n'est pas un
chef d'œuvre, il pâtit des défauts d'un premier album réalisé avec peu de moyen
et des outils sommaires, mais les Belges parviennent déjà à exploiter à fond
leurs machines pour en tirer des sons qui restent d'une grande modernité (il
est vrai que la réédition de 2004 a fait du bien) et surtout pour proposer des
schémas de chansons qui serviront de modèle à plusieurs générations.
Privilégiant les morceaux courts et monolithiques alliant la puissance des
beats aux mélodies des synthétiseurs, ces deux chercheurs font exploser le
standard pop pour créer une nouvelle sémantique musicale.
Alternant les instrumentaux
concis et les titres où l'on reconnaît déjà la voix et le phrasé inimitables de
Jean-Luc, Geography pose les bases solides d'un style déjà bien affirmé,
rampant et poisseux, dénué de joie et d'espoir. Sans hits putassiers ni
surenchère, Front 242 est la parfaite alternative aux punks se réveillant avec
une gueule de bois, à la graisse indécente du rock progressif et à la pestilence
sonore appelée world music.
Guts
of Darkness
Si j'ai choisi de chroniquer
'Geography', c'est qu'il s'agit du premier album de Front 242 mais également
d'un disque particulier à mes oreilles. J'aurais dû le chroniquer en 1986 ou
même dix ans après, je lui aurais collé une mauvaise note, un peu à l'instar du
'Speak and spell' de Depeche Mode. Plutôt friand de l'aspect dur des Belges, je
le trouvais trop dépouillé, sec, un peu mou. Aujourd'hui alors que je renie 'Up
evil' que j'aimais énormément, je réalise que j'adore 'Geography' et qu'il a
bien mieux vieilli que je ne l'aurais pensé. Mon goût pour la minimal wave
froide s'est affirmé au cours des années et je suis à même aujourd'hui
d'apprécier ses qualités. Car il faut bien l'avouer, ces premiers
enregistrements restent à part dans la discographie du combo. Eux que l'on
tient pour les initiateurs de l'EBM n'en sont encore pas réellement là en ce
début de carrière. Aussi efficace qu'elle soit, leur musique est encore loin du
potentiel martial et rythmique qu'elle développera par la suite. C'est dans un
registre glacé, synthétique, que Front 242 oriente ses compositions : boîte
primaire, aride, sonorités synthétiques, vocaux profonds...Pas si éloigné de
Fad Gadget en somme. On sent pourtant d'emblée que ces mecs-là ne sont pas des
manchots non plus, les agencements sonores, les manipulations analogiques sont
soignées et l'on décèle aisément un potentiel rythmique important. Le seul
reproche est un manque clair de pêche dans la production, élément corrigé
aujourd'hui puisque les Belges viennent de ressortir l'album en version
'retravaillée'. La notice explique que chaque morceau a été repris des masters
d'origine et remixé avec la technologie d'aujourd'hui. Si je n'aime guère que
l'on retouche ainsi des anciens travaux, force est d'admettre que les musiciens
n'ont pas menti. Ils sont restés fidèles à l'esprit de base corrigeant
seulement quelques défauts techniques (après tout, ils débutaient alors). Du
coup, l'écoute de 'Geography' prend tout son sens, les beats claquent, le
potentiel mélodique ressort mieux encore ; moins rapide que DAF, on songe
presque à une version sauvage de Kraftwerk. C'est tout l'art du groupe, un
travail rythmique fouillé, une expérimentation sonore, le tout couplé avec une touche
presque pop (j'ai bien dit 'presque'). Des chansons telles que 'With your
cries', 'U-Men', 'Dialogues, 'Least inkling'' sont de pures merveilles, de même
que les interludes instrumentaux, suffisamment brefs pour être savourés
pleinement. A noter qu'un inédit est offert en bonus sous forme d'un titre
destiné à être publié après la sortie de 'Geography', idée abandonnée par la
suite. Pas nécessairement la meilleure galette pour appréhender le style Front
242 mais un témoignage évident du talent de musiciens pionniers d'une nouvelle
approche musicale.
TRACKLINSTING
| 1 | Operating Tracks | 3:49 |
| 2 | With Your Cries | 2:43 |
| 3 | Art And Strategy | 2:14 |
| 4 | Geography II | 1:09 |
| 5 | U-Men | 3:13 |
| 6 | Dialogues | 2:04 |
| 7 | Least Inkling | 2:23 |
| 8 | GVDT | 2:55 |
| 9 | Geography I | 2:12 |
| 10 | Black White Blue | 4:19 |
| 11 | Kinetics | 2:03 |
| 12 | Kampfbereit | 3:19 |
Notes
Recorded on 4 and 8 tracks.