
D'apparence, un disque doux, aux sonorités acoustiques belles et
soignées. De plus près, il est parsemé d'épines, comme autant de
poignards acérés. Les obsessions qui ne cessent de griffer la chanteuse,
présentes en filigrane sur ses enregistrements précédents, occupent ici
tout l'espace : le deuil, l'incompréhension, la vieillesse... Elles se
font parabole : Mona
, c'est l'histoire — entre autres — d'un bébé
mal né, d'emblée trop vieux, incapable de trouver sa place dans le
monde, et qui se voit aspiré vers le néant. Mona fut un spectacle avant
de devenir un album ; nul doute que la scène, mieux que le studio, est à
même de servir un tel propos.
Comment entendre aujourd'hui ces
chansons ? Dans l'histoire de Mona, que l'auditeur pressé ne saisira
pas, se devine la relation d'Emily à sa propre mère. Rôles inversés :
celle qui est censée protéger est désarmée ; et si sa fille veut
compenser, elle n'y peut rien. Pas plus que les remèdes chimiques — la
chanson Mona, de loin la plus forte, dit tout. A ce drame, Emily Loizeau
a joint une autre histoire, aussi personnelle mais plus joyeuse : celle
de son grand-père, marin pendant la guerre et qui faillit se noyer.
Dans l'imaginaire de la musicienne, les deux naufrages (de la mère et du
grand-père) se font écho. Et au-delà des accès de colère (qui éclatent
dans le seul morceau dissonant, Who is on the phone), c'est la tendresse
qui l'emporte. — Valérie Lehoux